L’Union sacrée de la Nation (USN), la plateforme politique du président Félix Tshisekedi, a officiellement lancé, ce lundi 20 avril à Kinshasa, un processus de consultations nationales en vue d’une éventuelle révision ou modification de la Constitution du 18 février 2006. L’annonce a été faite par son secrétaire permanent André Mbata, qui a invité les partis politiques, la société civile, les universitaires et les citoyens à soumettre leurs propositions au plus tard le 20 mai 2026.
Présentée comme une démarche inclusive visant à recueillir des avis avant la mise en place d’une commission technique, cette initiative intervient dans un contexte marqué par des tensions politiques persistantes et une situation sécuritaire préoccupante dans l’Est du pays. Si les partisans du projet évoquent la nécessité d’adapter la Loi fondamentale aux réalités actuelles, ses détracteurs redoutent une manœuvre politique susceptible d’impacter le calendrier électoral ou la limitation des mandats.
À Kinshasa, ces annonces suscitent des réactions contrastées. Dans les quartiers, les marchés et les milieux académiques, plusieurs femmes livrent leurs réflexions, mêlant préoccupations sociales et analyse politique.
Chantal Wekoko, 34 ans, vendeuse au marché Gambela, ouvre le débat avec une inquiétude liée aux priorités nationales :
« Franchement, je ne comprends pas pourquoi on parle de changer la Constitution maintenant. On souffre déjà avec la vie chère, l’insécurité à l’Est, et eux pensent à autre chose. Ça donne l’impression que leurs priorités ne sont pas les nôtres. On a des problèmes urgents comme la nourriture, le logement, la sécurité. Si c’est pour améliorer le pays, d’accord, mais qu’on nous explique clairement ce qui va changer dans nos vies. Sinon, on va croire que c’est pour rester au pouvoir. Et ça, ça fait peur pour l’avenir. »
Dans un registre plus analytique, Esther Eloweko, 27 ans, étudiante à l’Université de Kinshasa, insiste sur le timing du débat :
« Le débat en soi n’est pas mauvais, une Constitution peut évoluer avec le temps et les réalités d’un pays. Mais le contexte pose vraiment problème. Moi, j’aimerais voir un vrai débat public, avec transparence, pédagogie et participation réelle. Sinon, ça risque de diviser encore plus le pays au lieu de le rassembler. »
Pour sa part, Odette Mola, 52 ans, commerçante à Matete, ramène la discussion aux attentes de stabilité :
« Nous les mamans, on veut la paix et la stabilité avant tout. Si changer la Constitution peut apporter ça, pourquoi pas ? Mais qu’on ne nous trompe pas encore une fois. On a déjà vu beaucoup de promesses qui ne donnent rien dans la réalité. Il faut consulter réellement la population, pas seulement faire semblant de dire qu’on a écouté les gens. Et surtout, qu’on pense d’abord à la sécurité de nos enfants à l’Est, parce que c’est ça qui nous fait le plus souffrir aujourd’hui. »
Grâce Ndjika, 30 ans, employée dans une ONG, met en avant les limites du débat actuel :
« Je suis très sceptique par rapport à cette initiative. On parle de réformes alors que les institutions actuelles ne fonctionnent déjà pas correctement. Le problème, pour moi, n’est pas seulement le texte de la Constitution, mais surtout son application. Modifier la Constitution sans régler les problèmes de gouvernance, c’est comme repeindre une maison fissurée. J’ai peur que ce soit un débat politique éloigné des réalités du peuple, alors que les priorités sont ailleurs. »
De son côté, Naomie, 22 ans, entrepreneure, adopte une posture plus nuancée, entre prudence et ouverture :
« Moi je vois aussi une opportunité dans tout ça. Peut-être qu’on peut moderniser certaines dispositions et adapter la Constitution à notre époque et aux défis actuels. Mais il faut que ce soit un processus inclusif, où les jeunes, les femmes, la diaspora et toutes les couches de la population sont réellement impliqués. Ce pays doit avancer, mais pas dans la confusion ou la précipitation. Si le processus est honnête et transparent, ça peut être positif. Sinon, ça va créer encore plus de tensions et de méfiance. »
Les consultations annoncées par l’Union sacrée apparaissent ainsi, pour une partie des Kinoises, comme un test de crédibilité politique dans un contexte national exigeant.