Dans le camp de réfugiés ougandais où il dort depuis trois mois, Jean (les prénoms ont été modifiés), père de famille de 42 ans, est inquiet. Depuis qu’il a fui sa région natale en République démocratique du Congo, sa petite fille, Élise, a un comportement étrange. « Les instituteurs du camp m’ont dit qu’elle ne jouait pas avec les autres, et moi aussi, je constate qu’elle se renferme sur elle-même. » Pour Jean, ce n’est pas un mystère : à seulement 3 ans, « Élise a déjà entendu des tirs de fusils et vu des cadavres dans les rues. Quand les ADF venaient chez nous, ils faisaient tellement de victimes que cela pouvait prendre une demi-journée pour ramasser les corps », soupire-t-il d’un air las.
Élise est née dans le territoire de Beni, dans l’extrême nord du Nord-Kivu. La province est connue pour être déchirée par le conflit opposant les Forces armées congolaises au groupe rebelle M23. Mais l’Est de la République démocratique du Congo abrite pas moins de 266 groupes armés, selon un recensement des autorités mené en 2023. Et à Beni, ville sous contrôle gouvernemental, ce sont surtout les Forces démocratiques alliées (ADF) qui tuent, pillent et rançonnent. Depuis le début de l’année, ces combattants, qui seraient au nombre de 1500 à 2000 selon un rapport de l’Institut français des relations internationales (Ifri), ont fait plus de 100 morts, après en avoir fait au moins le triple en 2025.
Un djihadisme d’« opportunité »
Formées en 1995, les ADF ont été

