UNFPA République Démocratique du Congo


Dans un quartier périphérique de Goma au Nord-Kivu, Brigitte, mère de deux enfants, gagnait dignement sa vie en vendant du charbon de bois depuis son domicile. Une activité modeste, mais suffisante pour joindre les deux bouts à la fin du mois. Mais la guerre qui ravage l’Est de la RDC n’épargne personne. En juillet dernier, vers 18 heures, la tragédie frappe à sa porte. Des coups de feu retentissent. Brigitte est touchée sur son lieu de vente. Les balles lui traversent le dos et le bras. Dans le chaos et la panique qui s’ensuivent, elle perd tout. Ses sacs de charbon disparaissent, des voleurs emportent son unique capital. Alors qu’elle lutte pour sa survie sur un lit d’hôpital, ses enfants sont recueillis d’urgence par des voisins.

Les cicatrices invisibles de la guerre

Si Brigitte finit par sortir de l’hôpital, le retour à la maison marque le début d’un nouveau calvaire. Le handicap physique s’accompagne d’une profonde détresse psychologique.

J’avais honte de mon état. J’avais peur quand les gens me regardaient. Je suis tombée dans une profonde dépression à cause de cette guerre qui m’avait tout pris, confie-t-elle en ajoutant « Je ne savais plus comment travailler avec ce bras qui me faisait continuellement mal, surtout la nuit. »

C’est dans cette incertitude qu’elle entend parler de l’espace sûr Uamusho (qui signifie « Réveil ») de Kiziba, géré par l’ONG ActionAid avec l’appui technique de l’UNFPA grâce au financement de la Direction générale de la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes (ECHO).

Réparer l’âme avant de réparer le commerce

À l’espace sûr, Brigitte ne trouve pas seulement une aide matérielle, mais elle trouve une véritable écoute.

Quand Brigitte est arrivée, elle était complètement introvertie, se souvient Marguerite, assistante psychosociale. « Les blessures physiques étaient évidentes, mais la blessure de l’âme était bien plus profonde. Notre premier travail n’a pas été de parler d’argent ou de travail, mais de l’écouter. Il fallait qu’elle comprenne que sa valeur en tant que femme et mère n’avait pas disparu avec ce drame. »

Une fois le travail de guérison entamé, l’équipe de suivi propose à Brigitte d’apprendre un métier adapté à sa nouvelle condition physique. Brigitte hésite. Son bras constitue le problème. Mais encouragée par les autres femmes, elle choisit de se former à la vannerie (confection de paniers). Un travail manuel, patient et profondément thérapeutique.

L’autonomie retrouvée : le pouvoir d’un capital de 350 $

À l'espace sûr Uamusho de Kiziba, appuyé par l'UNFPA grâce au financement de l'UE, les femmes affectées par la crise se retrouvent pour partager des moments de sororité et d'entraide. © UNFPA RDC/ActionAid
À l’espace sûr Uamusho de Kiziba, soutenu par l’UNFPA grâce au financement de l’UE, les femmes touchées par la crise se retrouvent pour partager des moments de solidarité et d’entraide. © UNFPA RDC/ActionAid

Le parcours de résilience de Brigitte franchit un nouveau cap lorsqu’elle est sélectionnée pour bénéficier d’une assistance en espèces (CVA) ciblant les personnes vulnérables ou vivant avec un handicap. Elle et plusieurs autres femmes reçoivent chacune une enveloppe de 350 dollars. Une somme qui, dans son contexte, change littéralement une vie.

Ce financement m’a permis de reconstituer mon capital pour reprendre la vente de charbon, et j’ai réussi à rembourser toutes mes dettes, explique Brigitte avec un sourire soulagé. « Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de dépendre de quelqu’un d’autre pour nourrir mes enfants. »

Cette approche s’inscrit dans une vision innovante de l’assistance. Selon Papy Shweka, Spécialiste en Transfert Monétaire à l’UNFPA :

L’intégration des Transferts Monétaires dans la réponse aux VBG représente un changement de paradigme vers plus de dignité et d’efficacité. Pour l’UNFPA, allouer 350 dollars à une survivante n’est pas seulement un acte de solidarité, c’est un investissement stratégique. En facilitant l’achat d’actifs productifs, nous répondons non seulement à l’urgence, mais nous brisons aussi les chaînes de la dépendance économique qui souvent nourrissent le cycle de la violence. C’est une approche qui redonne aux femmes le pouvoir de décider de leur propre avenir. »

L’histoire de Brigitte est le visage humain d’une réponse humanitaire efficace. Elle fait partie de plus de 1 000 femmes et filles ciblées par ce programme d’assistance en espèces déployé par l’UNFPA avec le soutien stratégique de l’Union européenne (DG ECHO).

Aujourd’hui, dans la cour de sa maison, les sacs de charbon sont de retour. Brigitte a gagné son combat. « Je suis sortie des difficultés et j’ai retrouvé ma dignité de femme et de mère », conclut-elle. Une femme debout, qui a su tisser son avenir au-delà des blessures.



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