Avec un littoral d’environ 40 km, la République démocratique du Congo (RDC) est un pays « maritime malgré lui ». Mais dans un contexte de réformes économiques et d’investissements massifs, le secteur se transforme en levier crucial de croissance, de compétitivité et de souveraineté économique. Décryptage avec Bodom Matungulu, expert en infrastructures portuaires.
Propos recueillis par Marie-France Réveillard
Forbes Afrique : Quelles sont les Dynamiques Observées dans le Secteur Portuaire en RDC ?
Bodom Matungulu
: La RDC fait face à des défis majeurs liés à sa position géographique. C’est un pays semi-enclavé, avec environ 37 km de littoral pour un territoire de près de 2 345 000 km². La stratégie du secteur portuaire congolais doit reposer sur la modernisation et le développement des infrastructures portuaires afin de créer une offre répondant aux standards internationaux, caractérisés par la massification des flux et l’accroissement de la taille des navires. Il va également falloir réduire les délais et les coûts de transport, car nos ports sont souvent perçus comme parmi les plus chers au monde. Enfin, il faut renforcer la desserte de l’hinterland, créer de nouvelles liaisons routières et renforcer notre axe ferroviaire.
Sur quels Leviers Reposent la Modernisation du Matadi Corridor Terminaux & Containers (MCTC) ?
B. M. : La compétitivité d’un port repose sur la qualité de ses liaisons avec l’hinterland, de ses infrastructures et de ses équipements de manutention. Pour accompagner la montée en puissance du secteur portuaire, la RDC a engagé plusieurs partenariats avec des acteurs privés de premier plan, afin d’attirer des investissements majeurs, mais aussi pour réaliser la modernisation des terminaux à conteneurs. Dans le cadre du contrat de concession du terminal à conteneur de Matadi entre MCTC et le gouvernement de la RDC, la modernisation des quais 5, 6 et 7 a été confiée à Eiffage Génie Civil Marine, filiale d’Eiffage, pour la réalisation d’un nouveau quai d’environ 350 mètres, 3 passerelles d’accès de 20 mètres, et la réfection d’un hub logistique de 7 hectares. Ces travaux de modernisation se déroulent en deux phases.
Nous avons notamment procédé à une profonde dématérialisation et à l’optimisation du fonctionnement grâce aux nouvelles technologies. Matadi est la colonne vertébrale du commerce en RDC. C’est la principale voie d’acheminement des importations vers Kinshasa. Nous avons pour coutume de dire : « Quand Matadi ralentit, Kinshasa le ressent ».

Quelles sont les Conséquences Escomptées du Nouveau Port en Eau Profonde de Banana pour le MCTC ?
B. M. : La RDC doit se doter d’un port en eaux profondes, c’est une question de souveraineté. C’est en cela que le port de Banana va changer la donne pour notre pays. Cela étant, Matadi conservera une place centrale dans l’économie portuaire nationale, et travaillera en étroite collaboration avec Banana, dans une parfaite complémentarité, pour répondre aux enjeux cruciaux du secteur maritime, qui sont immenses.
Quelle Place Occupe le Secteur Maritime dans l’Économie de la RDC ?
B. M. : Sa place est majeure. La dynamique actuelle du secteur portuaire congolais est marquée par l’entrée d’acteurs privés de premier plan (MGT, MCTC, DP World), opérant dans le cadre de concessions ou de partenariats public-privé (PPP) dans la gestion, la manutention et la logistique portuaire. Ces investissements constituent un levier essentiel de modernisation. Ils ont permis l’introduction de standards internationaux de performance et d’efficacité, tout en renforçant la concurrence et la productivité du système portuaire national. L’arrivée de ces opérateurs témoigne de la maturité croissante du marché portuaire congolais et de l’intérêt soutenu des investisseurs pour le potentiel logistique du pays.
Cependant, cette pluralité d’acteurs, opérant sous des régimes de concessions distincts sans cadre institutionnel centralisé, peut engendrer une fragmentation structurelle et des risques de concurrence déséquilibrée. Dans ce contexte, la création d’une Autorité portuaire nationale répond à la nécessité d’assurer la régulation, la coordination et le contrôle des activités portuaires publiques et privées. La RDC devra également valoriser le potentiel stratégique du réseau fluvial national comme le fleuve Congo qui est une véritable autoroute naturelle encore sous-exploitée.
Chaque Année, avec votre Think-Tank RDC Stratégie, vous Organisez le RDC Infrastructure Forum (RIF). Que Recouvre cet Événement ?
B. M. : En effet, depuis 2022, nous avons développé un forum annuel au cours duquel les experts du secteur portuaire se réunissent, qu’il s’agisse d’opérateurs privés, de représentants institutionnels ou d’experts. Lors de la dernière édition, nous avons présenté 50 recommandations pour renforcer le secteur, parmi lesquelles des orientations pour développer l’hinterland et des propositions pour l’élaboration de l’autorité nationale de régulation portuaire par exemple. La prochaine édition se tiendra en juillet à Kinshasa. Nous inviterons plusieurs pays, comme le Maroc, à y participer, ainsi que des représentants du Golfe persique. Nous porterons également une attention particulière aux propositions relatives aux projets régionaux de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).

