RDC–États-Unis : l’accueil des migrants expulsés soulève des débats dans les rues de Kinshasa.


L’annonce, puis l’arrivée à Kinshasa d’un groupe de migrants d’Amérique latine expulsés des États-Unis ce vendredi 17 avril, suscite des réactions diverses au sein de la population congolaise. Entre inquiétudes et incompréhensions face à cette décision du gouvernement congolais, les Kinois expriment des opinions variées. Ils ont répondu au micro baladeur d’ACTUALITE.CD.

Gradi Abolambay, entrepreneur, s’interroge sur la pertinence et la priorité de cette décision.

« En me plaçant d’abord du point de vue du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, on peut comprendre que cette décision s’inscrit dans une logique stratégique. Elle viserait à renforcer les relations entre la RDC et les États-Unis, comme un geste de coopération internationale », a-t-il déclaré.

Il ajoute :

« Cependant, sur le plan personnel, je me demande si cela constituait une priorité. La situation sociale en RDC, particulièrement à Kinshasa, demeure difficile, avec des familles sans abri et des enfants livrés à eux-mêmes. Dans ce contexte, il est légitime de se questionner sur notre capacité à accueillir des migrants étrangers alors que les besoins de la population locale ne sont pas encore pleinement satisfaits. »

D’un autre point de vue, Yann Kitungwa, avocat, estime que ce type d’accord pourrait être bénéfique s’il est bien négocié, notamment avec des financements conséquents.

« Ce choix soulève trois problèmes majeurs : un problème de principe lié à la souveraineté, car le pays s’occupe de personnes dont il n’est pas juridiquement responsable ; un problème interne, car cela exige beaucoup de ressources dans un contexte déjà précaire, avec des risques d’injustice et de tensions sociales ; et enfin un problème d’image, car la RDC peut être perçue à l’international comme un pays d’accueil pour des expulsés, ce qui pourrait nuire à sa crédibilité diplomatique », a-t-il expliqué.

Jean-Claude Nyembo, père de famille, rappelle que la RDC a déjà connu une situation similaire dans le passé.

« C’est en partie pour cela que nous avons déjà rencontré des problèmes avec certains de nos frères rwandais venus en RDC, accueillis par esprit d’hospitalité et de solidarité africaine, mais dont la situation a eu des conséquences que nous connaissons encore aujourd’hui. Je me demande si nous ne risquons pas de revivre la même chose avec l’arrivée de personnes originaires du Pérou, de Colombie ou du Mexique, dont certaines pourraient être liées à des réseaux de trafic de drogue. La question est donc de savoir si nous ne reproduisons pas les erreurs du passé. Il est donc important d’aborder cette situation avec plus de prudence », a-t-il ajouté.

Ce vendredi 17 avril, Kinshasa a accueilli un premier groupe d’une quinzaine de migrants expulsés des États-Unis, dans le cadre d’un accord entre Washington et la RDC. Ces personnes, originaires d’Amérique latine, notamment de Colombie, d’Équateur et du Pérou, ont été conduites dans un centre d’accueil à Bibwa pour y être prises en charge.

Les autorités congolaises ont précisé que cet accord ne prévoit pas leur installation définitive en RDC, mais plutôt un séjour temporaire encadré sur les plans administratif, sécuritaire et humanitaire, tout en laissant au pays le contrôle des décisions concernant leur statut ou leur retour.

Lina Muyumba, stagiaire UCC

 



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