RDC/Ebola : Dans un camp de déplacés, l’eau fait défaut alors qu’Ebola menace (REPORTAGE) – Xinhua


(Xinhua)

KINSHASA, 12 juin (Xinhua) — Au camp de Kigonze, en périphérie de Bunia, le chef-lieu de la province de l’Ituri dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), la lutte quotidienne contre l’épidémie d’Ebola débute par un geste à la fois simple et impossible : trouver de l’eau.

Depuis l’aube, Jeannette Furha, une déplacée mère de quatre enfants, attend près d’un point d’eau avec d’autres femmes et des enfants. Les robinets sont à sec. Alignés sur le sol, des bidons jaunes restent vides après des heures d’attente.

« Vous voyez comment nous vivons ici », dit-elle. « Depuis 6h du matin, nous n’avons même pas trouvé un bidon d’eau. Il n’y a pas d’eau. »

Bunia est l’un des épicentres de l’épidémie d’Ebola qui touche l’est de la RDC. Selon les dernières données des autorités sanitaires congolaises, l’épidémie a déjà causé 689 cas confirmés, dont 139 décès. La riposte est compromise par les incertitudes entourant les premiers cas, l’absence de vaccin approuvé contre la souche Bundibugyo du virus, la méfiance communautaire et l’insécurité persistante.

A Kigonze, ces difficultés s’ajoutent à une autre urgence, marquée par des abris surpeuplés, des pénuries chroniques d’eau et des installations sanitaires dégradées.

Selon des médias locaux citant les responsables du camp, environ 11.700 personnes y vivent, réparties sur environ 2.600 ménages. Toutefois, des sources locales estiment que la population réelle pourrait être nettement plus élevée.

D’après Etienne Nzodjo Lusi, le chef du camp, aucun cas confirmé d’Ebola n’a été enregistré à Kigonze. Mais alors que le virus continue de se propager dans l’Ituri et les provinces avoisinantes, les conditions de vie dans le camp rendent la prévention de plus en plus urgente.

« Ici, nous n’avons pas de cas d’Ebola, mais notre situation est compliquée », confie-t-il.

Une grande partie de sa journée consiste désormais à parcourir les allées du camp, mégaphone à la main, pour appeler les habitants à la vigilance. Sa voix résonne entre des abris de fortune, serrés les uns contre les autres, où les pluies saisonnières transforment souvent le sol en boue.

« Quand nous avons entendu les informations sur Ebola, nous avons commencé la sensibilisation pour éviter la contamination par ce virus », lance-t-il au mégaphone. « Chacun doit se laver régulièrement les mains et garder ses distances ».

 

DES CONSIGNES SANITAIRES QUI SE HEURTENT À LA RÉALITÉ

 

Mais ces consignes se heurtent à la réalité du camp. Les abris sont faits de bâches usées et de morceaux de bois. Les habitants affirment que l’eau de pluie s’infiltre souvent dans leurs maisons, tandis que de nombreuses latrines sont endommagées, débordent ou ne sont plus utilisables. Des eaux usées stagnent à proximité des lieux de vie, alimentant la crainte d’autres maladies.

Devant son abri, Claudine Bi Kanza, une mère de sept enfants déplacée par les violences, montre le sol boueux autour de sa maison.

« Regardez où nous vivons. Comment pouvons-nous éviter les maladies dans ces conditions ? », s’interroge-t-elle. « Quand il pleut, l’eau entre dans la maison et tout devient boueux ».

Selon elle, de nombreux abris doivent être réhabilités d’urgence. « On pourrait nous aider à renforcer ces abris ou nous donner les moyens d’en construire d’autres », dit-elle. « Cette situation dure depuis trop longtemps, augmentant le risque de contamination ».

Pour Mbocho Gerare, père de six enfants, le problème le plus pressant reste l’assainissement.

« Pour le moment, le principal problème ici concerne nos toilettes. Elles sont en mauvais état », dit-il. « Nos installations d’hygiène doivent être améliorées pour nous protéger contre Ebola ».

La RDC a déclaré l’épidémie d’Ebola le 15 mai dans l’Ituri. Depuis, le virus s’est propagé dans plusieurs zones de santé de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, des provinces déjà fragilisées par des années de conflit armé, de déplacements de population et d’épidémies récurrentes.

La situation à Kigonze illustre les vulnérabilités plus larges de l’est de la RDC, où les violences ont contraint des millions de civils à fuir leurs foyers.

Selon le Programme alimentaire mondial, 7,8 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, tandis que 26,5 millions de personnes font face à une insécurité alimentaire aiguë.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a averti que l’urgence humanitaire en RDC demeure l’une des plus complexes au monde. Fin

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