L’élection présidentielle de 2026 en République du Congo (Congo-Brazzaville) a vu Denis Sassou Nguesso
Nous avons demandé à Ngodi Etanislas, un politologue qui s’intéresse au pays d’Afrique centrale, de résumer ce qui s’est passé et pourquoi cela a de l’importance, maintenant que la poussière est retombée.
Quels facteurs politiques ont influencé le résultat ?
La victoire écrasante de Denis Sassou Nguesso n’est pas le résultat d’une course électorale ouverte. C’est plutôt le couronnement d’un système politique construit sur des décennies de consolidation du pouvoir depuis la fin de la guerre civile de 1997. Il s’agit d’un résultat de type « soviétique » (écrasant et prédéterminé) qui peut être expliqué par quelques facteurs politiques clés.
Tout d’abord, il y a la longévité politique de Nguesso, au pouvoir depuis 1979 (avec une interruption de 1992 à 1997). Cette domination de quatre décennies lui confère un contrôle total sur l’appareil politique, institutionnel et sécuritaire du pays. Cela rend le changement politique non seulement difficile, mais structurellement improbable.
De plus, le processus électoral truqué – notamment par le contrôle de l’appareil d’État et des organismes de gestion des élections – a contribué à cette victoire.
La campagne électorale était également profondément inégale. La campagne de Nguesso ressemblait à une « tournée nationale ». Elle était construite sur une démonstration de force destinée à projeter l’image d’un leader proche du peuple.
Une opposition divisée a-t-elle influencé le résultat ?
La fragmentation de l’opposition politique était probablement le facteur le plus décisif derrière le triomphe écrasant. L’opposition est entrée dans l’élection divisée. Ils n’ont pas pu s’accorder sur un candidat unique, ce qui a considérablement réduit les chances de transition démocratique.
L’élection a été marquée par l’absence de certaines figures de la politique congolaise. Certains restent emprisonnés (Jean-Marie Michel Mokoko et André Okombi Salissa). D’autres ont choisi de boycotter le scrutin, croyant que les conditions pour une élection libre et transparente n’étaient pas réunies. Cela a privé le concours de véritables enjeux. Cela a aidé à assurer une victoire au premier tour pour Nguesso. En 2016, il avait remporté 60,4 % des voix contre une forte opposition.
Pour de nombreux observateurs, les six candidats en lice étaient largement inconnus ou n’avaient pas de véritable base politique. Certains semblent avoir utilisé l’élection pour obtenir de la visibilité, ou mieux encore, une légitimité politique en prévision de futures élections. Ils étaient sans commune mesure avec Nguesso. Ils manquaient des ressources financières nécessaires pour mener une campagne à l’échelle nationale et construire un soutien local pour défendre leurs plateformes.
Enfin, le blackout numérique – y compris une coupure générale des réseaux téléphoniques et d’Internet le jour de l’élection – a ajouté une couche d’opacité supplémentaire au processus. Cela a créé un blackout d’information sans précédent.
Cela a réduit la capacité de l’opposition à s’organiser collectivement et à déployer ses délégués. Cela visait également à limiter la diffusion, sur les réseaux sociaux, de rumeurs sur des bourrages d’urnes, des achats de voix et d’autres contenus politiquement sensibles. Le président se préoccupait clairement des faibles taux de participation qui risquaient de fuiter.
Quel était l’état d’esprit parmi les électeurs ?
Le vote a été marqué par une profonde désaffection, alimentée par le boycott de l’opposition et un sentiment parmi de nombreux jeunes que voter était inutile. Il s’est également déroulé dans un climat de peur perpétué par un environnement répressif. Cela comprenait des opérations menées en début d’année par la Direction générale de la sécurité présidentielle, ainsi que des intimidations et des répressions ciblant les militants et les opposants politiques.
La question de la participation électorale est au cœur de la controverse entourant cette élection.
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Deux scénarios peuvent être envisagés.
Le premier est une participation orchestrée par le gouvernement à travers des réseaux politiques et de patronage. L’objectif est de stimuler la participation afin de légitimer le processus électoral et d’accroître la crédibilité des résultats.
Le second scénario implique un boycott de l’élection encouragé par l’opposition, visant à obtenir une faible participation, ce qui pourrait provoquer des contestations sur la légitimité de l’élection.
Les rapports soulignent un écart clair entre les chiffres officiels et les observations sur le terrain, suggérant une image plus complexe de la participation électorale qu’il n’y paraît. Le taux de participation officiel aurait apparemment grimpé de près de 17 % – passant d’environ 67,57 % en 2016, lorsque des figures de l’opposition étaient plus nombreuses, à 84,65 % en 2026, malgré un boycott généralisé. Pourtant, les bureaux de vote répartis sur 6 620 bureaux dans 4 011 centres semblaient largement vides.
Quels défis se présentent à l’avenir ?
Pour échapper à la stagnation politique et sociale, plusieurs réformes démocratiques s’avèrent urgentes :
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Restaurer la crédibilité électorale et l’indépendance des institutions est l’un des enjeux les plus sensibles. L’élection a mis en lumière de graves lacunes dans la gouvernance électorale – manque de transparence, d’inclusivité et d’équité.
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La fiabilité des listes électorales, l’impartialité de la Commission électorale nationale indépendante et l’accès inégal aux médias posent des problèmes permanents. Tout cela s’est produit sans un contrôle indépendant efficace. Sans réformes approfondies du système électoral, l’abstention et le désengagement continueront d’augmenter, en particulier parmi les jeunes.
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Construire un espace politique pluraliste et une opposition viable est essentiel pour redessiner le paysage politique congolais. La libération des prisonniers politiques et la garantie d’un droit effectif à l’opposition seraient des prérequis essentiels à toute réconciliation nationale.
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Protéger les libertés fondamentales et l’espace civique. Les violations des droits humains ont augmenté et il n’existe pas de dialogue politique entre le gouvernement, l’opposition et la société civile.
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Succession et transition. Les questions de ce qui suit après Nguesso, si le pouvoir reste au sein de la majorité présidentielle, ou comment assurer la continuité pour un nouveau mandat en 2031. Cela peut inclure des scénarios de succession dynastique au sein de la famille présidentielle.
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Transformer la richesse pétrolière en développement humain. Près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Le défi consiste à convertir les revenus pétroliers en services publics (santé, éducation) et en opportunités pour les jeunes.
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Reconnecter la participation citoyenne, en particulier celle des jeunes, à la politique. Les jeunes Congolais et la société civile doivent être réintégrés dans le processus politique. La participation citoyenne reste cruciale pour la légitimité du processus électoral.
Quelles implications l’élection pourrait-elle avoir sur la stabilité politique ?
La stabilité repose sur des fondations fragiles. Une grande partie de la population considère que le gouvernement manque de légitimité. La méfiance envers le système électoral est profonde.
La frustration des jeunes est un indicateur particulièrement inquiétant. Un sondage de 2024 indique que les jeunes ont peu confiance dans le système politique. Beaucoup estiment que voter est inutile. Le chômage chronique et le manque de perspectives économiques approfondissent leurs frustrations.
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La lutte interne au sein du parti au pouvoir concernant qui vient après Sassou Nguesso pourrait devenir la principale source d’instabilité. Le risque augmente en l’absence d’un successeur clair et largement accepté. Les divisions internes observées lors du congrès du parti en 2025 montrent à quel point la succession est centrale. Elles montrent également des changements de pouvoir et de positionnement des élites en cours.
L’élection présidentielle de mars 2026 n’a résolu aucune des questions clés.
