Washington a annoncé début mars des sanctions contre l’armée rwandaise en raison de son soutien aux forces du groupe antigouvernemental M23, qui a pris le contrôle, depuis fin 2021, de vastes territoires dans la partie orientale de la République démocratique du Congo.
Le président rwandais Paul Kagame a qualifié les sanctions américaines annoncées en mars contre le Rwanda d’«insultes jetées à la face» de son pays, les États-Unis exerçant selon lui «une lourde pression» sur Kigali, tout en traitant Kinshasa «avec délicatesse». Washington a annoncé début mars des sanctions contre l’armée rwandaise pour son soutien aux forces du groupe antigouvernemental M23, qui s’est emparé depuis fin 2021 de vastes pans de territoire dans la République démocratique du Congo (RDC), riche en ressources et ravagée par des conflits depuis plus de 30 ans.
La RDC et le Rwanda ont entériné début décembre un fragile accord de paix sous l’égide de Washington, qui n’a pas mis fin aux combats. «Les sanctions et les menaces ne sont que des insultes jetées à la face de mon pays», a jugé Paul Kagame dans une interview accordée fin mars au mensuel Jeune Afrique et publié vendredi. Le gouvernement américain «ne doit pas donner l’impression d’exercer une lourde pression sur l’un, tandis qu’il traite l’autre avec délicatesse», alors que le Rwanda remplit selon lui «toutes ses obligations inscrites dans les accords» signés en décembre à Washington. Quant à la RDC, elle «ne les remplit que très partiellement, voire pas du tout», affirme M. Kagame.
«N’attendez pas de moi que je lève nos mesures de défense»
Début 2025, le M23 et ses alliés se sont emparés coup sur coup des grandes villes congolaises de Goma et Bukavu, au terme d’une offensive spectaculaire qui a mis en déroute les forces armées de Kinshasa. Début décembre, il avait pris Uvira, ville stratégique à la frontière du Burundi, quelques jours après la signature des accords de Washington, avant de s’en retirer sous pression américaine. «N’attendez pas de moi que je lève nos mesures de défense alors que vous ne faites rien pour mettre un terme à ce qui menace mon pays», a lancé, énigmatique, Paul Kagame.
Le président rwandais a par ailleurs demandé aux géants pétroliers «Total, Exxon Mobil ou Eni» de «trouver comment financer la sécurité dont elles ont besoin» dans la province mozambicaine de Cabo Delgado (nord), riche en pétrole mais où sont actifs des djihadistes liés au groupe État islamique. Les autorités rwandaises ont menacé mi-mars de retirer leurs troupes de cette zone, dont elles assurent la sécurité, si Kigali ne recevait pas des garanties de financement de l’Union européenne, qui finance ce déploiement. Un premier versement de 20 millions d’euros de l’UE avait été alloué aux forces rwandaises en 2022, puis un deuxième pour le même montant en novembre 2024.

