Politique, économie, sécurité et perspectives institutionnelles : avec notre invité de la semaine, nous revenons sur les principaux enjeux du moment ainsi que sur les souvenirs qu’il gardera de son passage en RDC, où il est arrivé en 2023. Lisez ou écoutez l’entretien ci-dessous :
Retranscription de l’interview
DW : Monsieur l’Ambassadeur. Bonjour !
Ingo Herbert : Bonjour !
DW : Vous êtes en fin de mission. Lorsque vous êtes arrivé en RDC, quelle a été votre première impression ou perception du pays ?
Ingo Herbert : J’étais tout de même étonné de voir, à mon arrivée, une ville sombre, même en pleine nuit, avec très peu d’électricité. C’était un peu mystérieux. Je me suis dit : ah oui, c’est vraiment une autre planète !
DW : Comment l’Allemagne a-t-elle accompagné la RDC sous votre mandat ?
Ingo Herbert : J’affirme toujours que nous avons trois grands intérêts. D’abord, le conflit à l’Est, qui dure depuis 30 ans et est d’ordre international. Deuxièmement, le bassin du Congo, qui est, comme on dit, le deuxième poumon du monde en matière climatique. Nous y sommes très engagés. Enfin, c’est le rôle de la RDC pour l’économie mondiale, la transition énergétique et les matières premières que nous y trouvons.
DW : Pourquoi vous êtes-vous engagé dans la paix et la cohésion sociale dans l’Est ?
Ingo Herbert : Parce que nous voulons soulager la crise qui touche la population. Nous parlons souvent du Nexus, c’est-à-dire des moyens de coopération avec des programmes, par exemple pour l’infrastructure, mais aussi un soutien à la clinique Panzi du docteur Mukwege, pour aider les victimes de violence sexuelle, notamment les femmes. Nous avons également des programmes dans les écoles, impliquant des élèves comme médiateurs lorsque des tensions se manifestent. Nous avons aussi de grands projets futurs, comme Ruzizi III pour la production d’énergie.
DW : En regardant les dernières années, qu’est-ce qui manque, selon vous, dans les médiations ?
Ingo Herbert : Je pense qu’il y a eu un manque de volonté politique, en raison des nombreux intérêts impliqués. Même si actuellement, avec l’engagement des États-Unis en tant que soutien entre le Rwanda, la RDC et Doha, ce n’est pas la Suisse, et les Américains sont aussi impliqués entre M23 et le gouvernement congolais, il reste encore d’autres groupes comme l’ADF, le plus brutal. Pour apaiser véritablement cette région, il reste encore un long chemin à parcourir, et cela nécessite une réelle bonne volonté de tous les leaders de la région des Grands Lacs.
DW : L’actualité politique évolue avec la loi sur le référendum qui vient d’être adoptée. Êtes-vous optimiste quant à l’avenir de la RDC ?
Ingo Herbert : Depuis le début, ça a été difficile pour la RDC de créer une nation. Le pays n’a pas été bien préparé pour l’indépendance. Cette discussion concerne également le troisième mandat du président. C’est aux Congolais de décider.
DW : Avec le retour d’Ebola, comment l’Allemagne a-t-elle adapté sa coopération face à cette urgence en particulier ?
Ingo Herbert : Avant cela, nous avions un programme pour soutenir des laboratoires mobiles et répondre aux maladies tropicales. Cette année, nous avons encore une fois déclaré que nous allions augmenter notre soutien à 13 millions. Nous avions donné 4 millions auparavant, ainsi que par l’intermédiaire de l’OMS et de MSF, Médecins Sans Frontières. Nous sommes également l’un des plus grands bailleurs pour les initiatives de vaccination internationales comme GAVI.
DW : Sur ces belles paroles, merci beaucoup.
Ingo Herbert : Merci à vous.
