La RDC, futur géant du cacao ? C’est l’ambition du pays et du ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, qui s’est rendu la semaine dernière à Abidjan, siège de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), pour signer le nouvel accord du secteur, nommé Accord international sur le cacao, qui entrera en vigueur cet automne.
La RDC se classe cinquième parmi les producteurs africains. Le pays cultive du cacao dans une douzaine de provinces, principalement à l’est : Nord-Kivu, Sud-Kivu et Ituri, des régions particulièrement touchées par les conflits. L’année dernière, 92 000 tonnes de fèves ont été officiellement récoltées, soit plus du double de la production de 2021.
Il n’est un secret pour personne qu’une partie du cacao congolais échappe aux statistiques, en traversant illégalement la frontière, notamment vers l’Ouganda. Quelle que soit la proportion de ce cacao « siphonné », la production reste bien inférieure à celle du leader, la Côte d’Ivoire, qui produit plus de dix fois cette quantité, ainsi qu’à celle du Cameroun et du Nigeria.
Un million de tonnes en 2035 ?
La RDC aspire à une grande expansion et met en avant ses atouts : 80 millions d’hectares de terres arables, rappelle le ministre Julien Paluku, et un climat favorable à la culture du cacao, précise l’ICCO. Ces deux arguments sont certes théoriques, mais néanmoins cruciaux. Le ministre du Commerce extérieur vise une production de près d’un million de tonnes de fèves d’ici 2035 et rêve de se positionner dans le top 3 mondial. L’Organisation internationale du cacao ne commente pas ces chiffres, mais confirme que le pays a le potentiel pour produire davantage.
Un autre facteur a également contribué à cet engouement pour le cacao : le prix. Bien que les cours mondiaux aient chuté récemment, ils ont montré au cours des trois dernières années qu’ils pouvaient atteindre des niveaux exceptionnels, offrant ainsi des revenus intéressants pour les producteurs, dans un environnement comme la RDC où les prix sont libéralisés.
Pour répondre aux attentes des pays consommateurs et aux législations européennes, la RDC, comme les autres pays producteurs, souhaite mettre l’accent sur la production durable de cacao et a sollicité la semaine dernière l’accompagnement de l’ICCO.
À lire aussiCacao : la chute des prix inquiète les pays producteurs de l’ICCO qui tentent de trouver une parade
Le défi du broyage
Un autre rêve de la République démocratique du Congo est d’aller plus loin en matière de transformation pour créer de la valeur ajoutée. Actuellement, il n’existe pas d’usine de broyage industriel en RDC, seulement une transformation effectuée par de petits artisans, avec des quantités minimes.
« Les volumes de fèves sont encore loin d’avoir atteint le seuil critique qui justifierait l’installation d’un broyeur d’envergure internationale », explique un expert du secteur. Cependant, rien n’empêche, précise notre interlocuteur, le développement de l’activité des artisans chocolatiers, afin d’éduquer les Congolais au goût du chocolat et d’offrir une gamme haut de gamme à l’exportation. La bonne réputation des fèves de la RDC reste encore sous-exploitée économiquement.
En matière de production, de grandes possibilités existent.
Michel Arrion, secrétaire exécutif de l’Organisation internationale du cacao
À lire aussiCrise du cacao en Côte d’Ivoire : un modèle en questions

