En République Démocratique du Congo ou au Sénégal, comment les satellites jouent-ils le rôle de lanceurs d’alerte pour le climat ? – Questions d’environnement.


À l’occasion de la conférence NewSpace Africa, un regard sur le rôle du secteur spatial dans la compréhension des phénomènes environnementaux pour prévenir les catastrophes. En Afrique, les satellites comblent le manque d’instruments au sol.

Si vous souhaitez mesurer l’étendue d’une forêt, il est plus rapide d’utiliser une photo satellite que de comptabiliser les arbres un par un… L’utilité des satellites pour comprendre les phénomènes climatiques et environnementaux n’est plus à prouver – plus de la moitié des variables climatiques et environnementales ne sont observables que depuis l’espace. Alors que s’ouvre ce lundi 20 avril à Libreville au Gabon la conférence NewSpace Africa dédiée à l’innovation spatiale, les satellites se révèlent particulièrement précieux pour le continent africain, peut-être même plus qu’en Europe, en raison du manque d’appareils au sol en Afrique.

Dix centimètres de marge d’erreur

« Aujourd’hui, il y a presque pas d’instruments au sol mesurant les paramètres hydrométéorologiques, témoigne Benjamin Kitambo, enseignant-chercheur aux universités de Kinshasa et Lubumbashi, et directeur scientifique du projet Initiative science pour le Bassin du Congo, vaste territoire de plus de 3 millions et demi de kilomètres carrés le long du fleuve Congo. On observe de plus en plus d’inondations et de sécheresses, dont l’intensité augmente. Les satellites jouent donc un rôle crucial dans notre société en fournissant des outils pour adopter des mesures résilientes face aux changements globaux. Les données satellites sont disponibles partout et de manière régulière. » Les satellites offrent un saut technologique, leur précision étant impressionnante : pour la hauteur d’eau du Congo, la marge d’erreur est de seulement 10 centimètres.

Le signal pour semer

Les satellites permettent de mieux voir ce qui est difficile à percevoir depuis la Terre, notamment pour prévenir les catastrophes climatiques. Ils ont aidé à suivre la dernière invasion de criquets en Afrique de l’Est. Ils constituent aussi un outil pour l’agriculture, alertant les agriculteurs de commencer à semer juste avant la saison des pluies. Les satellites Météosat, qui sont géostationnaires, se trouvent à 36 000 kilomètres au-dessus du golfe de Guinée et couvrent l’Afrique et l’Europe, offrant une visibilité optimale.

« Des phénomènes bien visibles, notamment avec les satellites géostationnaires, incluent le déplacement des cyclones, des tempêtes de sable, l’évolution de la végétation, ainsi que les feux et les nuages annonciateurs d’orages, souvent responsables d’inondations. Toutes ces observations, effectuées en continu sur l’ensemble de l’Afrique par les satellites, permettent aux prévisionnistes africains de lancer des alertes, » explique Vincent Gabaglio, responsable des relations internationales à EUMETSAT, l’organisme européen gérant les satellites météo Météosat.

Premier satellite sénégalais

Toutefois, l’Afrique commence à développer ses propres satellites. C’est le cas du Sénégal, qui a lancé son premier satellite en 2024, GaindéSat, conçu pour collecter des données des instruments de mesures environnementales au sol, avant de les retransmettre en temps réel ; un avantage certain pour prendre des décisions rapides. « Pour accéder à ces données, il faut parfois envoyer quelqu’un sur place ou utiliser un réseau téléphonique. Certaines zones ne sont pas couvertes par Internet et cela peut coûter cher. En revanche, lorsque vous établissez cette connexion depuis votre bureau, vous récupérez directement les données, souligne Gayane Faye, professeur à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar et coordinateur du projet. S’il y a une période de crue du fleuve Sénégal, par exemple, ce dispositif permet de récupérer les données plus rapidement et de manière plus fiable, permettant ainsi aux autorités d’avoir l’information nécessaire à temps pour prendre la bonne décision. » Les satellites que l’on envoie dans l’espace sont véritablement des lanceurs d’alerte.



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