Ebola en RDC : entre méfiance et espoir, la lutte progresse.


Ebola en RDC : entre méfiance et espoir, la riposte gagne du terrain

Bakou, 9 juin, AZERTAC

Alors que l’épidémie d’Ebola continue de progresser dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), les équipes sanitaires commencent à enregistrer des avancées concrètes : diagnostics accélérés, surveillance renforcée des déplacements internationaux et premiers survivants. Mais sur le terrain, la lutte contre le virus reste aussi une lutte contre la peur, les rumeurs et les croyances profondément ancrées.

L’un des changements les plus importants depuis le début de l’épidémie se joue loin des centres de traitement : dans les laboratoires.

Selon la Dre Marie-Roseline Belizaire, responsable de la réponse aux urgences de la branche africaine de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la mise en place de nouvelles capacités de diagnostic a profondément transformé la riposte.

« Nous sommes passés d’une capacité d’environ 40 tests par jour à près de 800 », explique-t-elle. Les résultats de laboratoire, qui pouvaient auparavant prendre plusieurs jours, sont désormais disponibles en 24 à 48 heures seulement.

« Si je détecte aujourd’hui une personne suspecte dans une communauté, le lendemain elle aura son test de laboratoire », a-t-elle indiqué lors d’un récent entretien avec Cristina Silveiro d’ONU Info.

L’enjeu est considérable. Pendant les premières semaines de l’épidémie, certains prélèvements restaient en attente pendant plusieurs jours, laissant planer l’incertitude et compliquant le suivi des malades. Désormais, les autorités sanitaires peuvent confirmer ou exclure rapidement un cas et orienter immédiatement les patients vers les soins appropriés.

Pour l’OMS, cette accélération constitue l’un des principaux acquis de la riposte à ce stade et un outil essentiel pour interrompre plus rapidement les chaînes de transmission.

Surveillance renforcée

L’apparition d’un cas en Ouganda impliquant un ressortissant congolais ayant voyagé auparavant par les Émirats arabes unis a également mis à l’épreuve les mécanismes de coopération internationale.

Pour la Dre Belizaire, tout déplacement international pendant une épidémie suscite nécessairement une vigilance accrue. « L’épidémie se propage à travers les mouvements de population », souligne-t-elle.

Les autorités ont immédiatement partagé les informations relatives au voyageur concerné. Les listes de passagers ont été examinées et une enquête a été lancée afin d’identifier et suivre les personnes ayant pu être exposées.

L’objectif n’est pas seulement de retrouver les contacts directs, mais aussi de surveiller leur état de santé pendant les 21 jours correspondant à la période d’incubation du virus.

Cette coordination entre pays constitue l’un des principaux remparts contre une propagation plus large de l’épidémie.

Convaincre les sceptiques

Mais le plus grand défi reste souvent invisible dans les statistiques.

Dans plusieurs communautés touchées, certains habitants continuent d’attribuer les décès à la sorcellerie ou à l’empoisonnement plutôt qu’au virus Ebola Bundibugyo.

La Dre Belizaire raconte qu’à Mongbwalu, où l’épidémie a commencé, plusieurs habitants ont associé une série de décès à un cercueil rapporté d’Ouganda puis brûlé par des proches.

« Ils ont tous pensé que c’est de la sorcellerie. Ils croyaient que le cercueil était revenu les chercher », raconte l’experte sanitaire.

Face à ces croyances, l’OMS a choisi une approche pragmatique plutôt que la confrontation.

L’agence onusienne travaille avec les chefs communautaires, les responsables religieux, les entreprises minières, les camps de déplacés et même les prisons afin de multiplier les relais de confiance.

Le message adressé aux sceptiques est volontairement simple : « Vous croyez que c’est de la politique, ce n’est pas grave. Vous croyez que c’est de la sorcellerie, ce n’est pas grave. Vous croyez que vous êtes manipulé, ce n’est pas grave. Mais néanmoins, vous êtes témoin qu’il y a beaucoup de décès dans votre communauté. Comment pensez-vous que nous pouvons arrêter ces décès ? »

« Et là, tout le monde reste silencieux », observe la médecin.

Selon Dre Belizaire, il ne s’agit pas d’obliger les populations à abandonner leurs croyances, mais de les convaincre d’adopter simultanément les mesures de protection qui peuvent sauver des vies.

« Ne vous empêchons pas d’aller chez les guérisseurs traditionnels. Mais en même temps que vous y allez, venez aussi chez nous, faites-nous confiance. Vous pouvez faire les deux parallèlement ».

Quand la peur l’emporte encore

Malgré ces efforts, les incidents restent fréquents. Dans certaines zones de l’est de la RDC, la méfiance persistante de la population et l’insécurité continuent d’entraver le travail des équipes sanitaires.

Récemment, une équipe chargée d’organiser un enterrement sécurisé a dû quitter précipitamment une localité après avoir été menacée. Des habitants ont affirmé qu’ils appelleraient des groupes armés si les agents de santé poursuivaient leur mission. La famille a ensuite emporté le corps, pourtant testé positif à Ebola, vers une autre localité pour y organiser les funérailles selon ses propres pratiques, faisant craindre de nouvelles contaminations parmi les nombreuses personnes ayant manipulé le défunt.

Pour la responsable de l’OMS, ce type d’événement illustre les risques auxquels les intervenants sont confrontés quotidiennement.

« Imaginez le nombre de personnes qui ont manipulé ce cadavre », déplore-t-elle, craignant l’apparition de nouveaux foyers de transmission.

Sept survivants qui changent le récit

Au milieu de ces difficultés, une autre histoire commence à émerger : celle des survivants.

Sept personnes ont déjà quitté les centres de traitement guéries, dont six agents de santé contaminés alors qu’ils prenaient soin de leurs patients.

Leur rétablissement constitue un message essentiel dans des communautés où beaucoup associent encore Ebola à une condamnation à mort.

« Il y a un message autour d’Ebola qui dit que, dès qu’on a Ebola, on meurt », relève la Dre Belizaire. C’est pourquoi, ajoute-t-elle, « chaque patient qu’on sauve d’Ebola, c’est pour nous un succès énorme ».

Ces guérisons n’ont pas été obtenues grâce à un vaccin ou à un traitement spécifique contre la souche Bundibugyo, qui n’existent pas encore, mais grâce à une prise en charge précoce et à des soins intensifs de soutien.

« Ces personnes sont guéries parce qu’elles se sont présentées tôt et qu’on a pu les prendre en charge de manière adéquate », souligne la responsable de l’OMS.

Chaque sortie de patient est célébrée. Des certificats de guérison sont remis aux survivants afin de faciliter leur retour dans la communauté et de lutter contre la stigmatisation.

« Je vais continuer à soigner »

Parmi les rencontres qui ont marqué la responsable de l’OMS, celle d’une infirmière survivante occupe une place particulière.

La soignante lui a raconté comment elle avait contracté le virus en faisant simplement son travail : prendre soin des autres.

« Je pouvais être à sa place », confie la Dre Belizaire.

Mais ce qui l’a le plus frappée est la détermination de cette infirmière à retourner auprès de ses patients malgré l’épreuve traversée.

« Bien qu’elle ait été contaminée, elle ne va pas arrêter de travailler. Elle va continuer à prodiguer des soins parce que c’est ça son travail, c’est ça qu’elle sait faire ».

Pour l’épidémiologiste, ces survivants sont aujourd’hui parmi les meilleurs ambassadeurs de la riposte.

Leur existence démontre que le virus peut être combattu, que les soins fonctionnent et que l’espoir a désormais trouvé sa place au cœur même de l’épidémie. Tous ont en commun de s’être présentés tôt dans une structure de santé et d’avoir bénéficié d’une prise en charge adéquate. (OMS)



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