La Banque centrale du Congo (BCC) a commencé à accumuler de l’or brut d’origine artisanale en vue de sa transformation en or monétaire. Cette annonce a été faite le jeudi 9 avril par le gouverneur André Wameso, à l’issue de la réunion du Comité de politique monétaire.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre du partenariat entre la BCC et DRC Gold Trading. Elle vise notamment à diversifier les réserves internationales, renforcer la crédibilité de la politique monétaire et constituer un coussin de sécurité face aux chocs économiques.
Pour André Wameso, le recours à l’or comme réserve stratégique n’est pas nouveau.
« L’or a toujours été un instrument clé pour les banques centrales. Dans un contexte mondial incertain, de plus en plus de pays renforcent leurs réserves, y compris ceux qui n’en produisent pas », a-t-il expliqué, s’interrogeant sur l’absence passée de la RDC dans cette dynamique.
Le gouverneur a précisé que la BCC n’intervient pas directement sur le marché. Le rôle opérationnel revient à DRC Gold, en liaison avec les exploitants artisanaux. Une expertise indépendante accompagnera le processus afin de garantir la traçabilité et la conformité aux normes internationales, notamment celles de l’OCDE, et d’éviter l’acquisition d’« or de conflit ».
Selon lui, cette stratégie devrait également contribuer à lutter contre les circuits informels.
« Elle aura un impact sur les filières illicites et permettra à la BCC de mieux faire face aux chocs économiques », a-t-il souligné.
Il a ajouté que l’or collecté sera progressivement transformé en or monétaire, puis stocké à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du pays.
En février dernier, André Wameso avait signé un accord stratégique avec DRC Gold Mining SA, en présence de la ministre du Portefeuille, Julie Shiku, pour renforcer les réserves nationales en or. Ce partenariat permet à la BCC d’acquérir de l’or certifié, destiné à intégrer ses réserves officielles, jusqu’ici majoritairement composées de devises étrangères.
Cette démarche s’inscrit également dans une volonté politique plus large. Lors de la 79ᵉ réunion du Conseil des ministres, le président Félix Tshisekedi avait instruit le gouvernement de mettre en place un mécanisme national de captation et de sécurisation des flux d’or. La Première ministre Judith Suminwa a fait le point sur cette mise en œuvre lors de la 85ᵉ réunion, tenue le 3 février 2026 à Kinshasa.
Selon les autorités, une part importante de la production aurifère échappe encore au circuit officiel. En cause, la prédominance de l’exploitation artisanale, la porosité des frontières, les écarts fiscaux avec certains pays voisins et l’existence de réseaux informels.
La réforme en cours vise à intégrer progressivement cette production dans les circuits formels, avec un double objectif : accroître les recettes publiques et renforcer les réserves en devises, dans un contexte de recherche de stabilité macroéconomique.
Clément Muamba

